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 » Marcellin**  » et le bouquet de coucous….

2018-04-03 10.38.30

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Doux Noël…

2017-12-19 13.59.20

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Petite Luciole

Petite Luciole.2

Ma Nouvelle Adresse…

Ma nouvelle adresse

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Pierre Perret

Ce hall de gare pavoisé de rouges à lèvres et de hasards
Où bat le cœur des banlieusards plein de sanglots et de baisers
N´aura jamais su me griser
Ce hall de gare pavoisé de solitudes plein tarif
Et de marques d´apéritifs et de bonheurs synthétisés
Je m´en suis désapprivoisé

Prenez ma nouvelle adresse
Je vis dans le vent sucré des îles nacrées
Et à ma nouvelle adresse
Une fille s´amuse à rire de mes souvenirs

Et ce boulot qui m´usait tant, qui me laissait tant épuisé
Devant ma machine à fraiser que j´en suait l´eau et le sang
N´aura jamais su me griser
Et de ce patron si charmant et du banquet de fin d´année
Et de médailles arrosées, et de mes copains militants
Je m´en suis désapprivoisé

Prenez ma nouvelle adresse
Je vis…

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L’Amour avec la Pluie…

L Amour avec la pluie

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Ma prière…

2016-07-20 08.00.23 (2)

Ma prière

 

La Lettre….

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Ton ombre est là, sur ma table,
Et je ne saurais te dire comment
Le soleil factice des lampes s’en arrange
Je sais que tu es là et que tu
Ne m’as jamais quitté, jamais
Je t’ai dans moi, au profond,
Dans le sang, et tu cours dans mes veines
Tu passes dans mon cœur et tu
Te purifies dans mes poumons

 

Je t’ai, je te bois, je te vis,
Tu m’envulve et c’est bien


Je t’apporte ce soir mon enfant de longtemps,
Celui que je me suis fait, toute seule,
Qui me ressemble, qui te ressemble,


Qui sort de mon ventre,
De mon ventre qui est dans ma tête
 Je suis la sœur, la fille, la compagne et
La poule de ce Dieu tout brûlant qui éclaire nos nuits
Depuis que nous faisons nos nuits


Je t’aime, je t’aime

 

Il me semble qu’on m’a tirée de toi
Et qu’on t’a sorti de moi
Quand tu parles je m’enchante
Quand je chante je te parle
Nous venons d’ailleurs, tous les deux.
Personne ne le sait.

 
Quand je mourrai tu ne pourrasFA59D902-3048-7BE8-78D00022FF83F44A
Plus vivre que dans l’alarme
Tu n’auras plus un moment à toi
Tu seras mien, par-delà
Le chemin qui nous séparera
Et je t’appellerai
Et tu viendras


Si tu mourais, tu m’appellerais
Je suis la vie pour toi, et la peine,
Et la joie, et la Mort 
.

 

Je meurs dans toi, et nos morts
Rassemblées feront une nouvelle vie,
Unique, comme si deux étoiles se rencontraient
,
Comme si elles devaient le faire de toute éternité,

Comme si elles se collaient pour jouir à jamais
Ce que tu fais, c’est bien, puisque tu m’aimes

Ce que je fais, c’est bien, puisque je t’aime

À ce jour, à cette heure, à toujours,


Mon Amour, mon Amour.

Peut-être…..

« Dialogue Des Carmélites » de Georges Bernanos

 

Scène VI

Le tour, à l’intérieur du couvent, près de la clôture. Blanche et une très jeune sœur, Constance de Saint Denis, prennent les provisions et les objets usuels que la sœur tourière leur passe.

Dialogues des carmélites Par Georges Bernanos

Constance : Encore ces maudites fèves !

Blanche : On dit…………….manquer de pain.

Constance : Tiens ! Voilà notre gros fer à repasser que nous réclamons depuis si longtemps ! Regardez comme la poignée en est bien regarnie…Nous n’entendrons plus Sœur jeanne de la Divine Enfance crier en soufflant sur ses doigts : «  C’est-y-possible de repasser avec un fer pareil ! » C’est-y ! C’est-y ! Je me mords chaque fois la langue pour ne pas rire, mais je suis si contente ! Ce « C’est-y »me rappelle la campagne, et nos bons villageois de Tilly.

Oh Sœur blanche, six semaines avant mon entrée en religion, on a fêté là-bas le mariage de mon frère, tous les paysans étaient rassemblés, vingt filles lui ont présenté un bouquet au son des tambours et des violons, et du bruit d’une décharge générale de mousqueterie. Il y eut grand-messe, diner au château, et danse toute la journée. J’ai dansé cinq contredanses de tout mon cœur je vous assure. Ces pauvres gens m’aimaient tous à la folie parce que j’étais gaie et que je sautais aussi bien qu’eux.

Blanche : Vous n’avez pas honte de parler ainsi lorsque notre Rêvèrende Mère …

Constance : oh ma sœur, pour sauver notre Mère, je donnerais ma pauvre petite vie de rien du tout, oui, ma foi, oui je la donnerais…Mais quoi, à cinquante-neuf ans n’est-il  pas grand temps de mourir ?

Blanche : Vous n’avez jamais craint la mort ?

Constance : Je ne crois pas…Si peut-être…il y a très longtemps lorsque je ne savais pas ce que c’était.

Blanche : et maintenant ?

Constance : Mon Dieu, Sœur Blanche, La vie m’a tout de suite paru si amusante ! Je me disais que la mort devait l’être aussi…

Blanche : et après.

Constance : Oh ! Maintenant, je ne sais plus ce que je pense de la mort, mais la vie me parait toujours aussi amusante.

J’essaie de faire le mieux  possible ce qu’on me  commande, mais ce qu’on me commande m’amuse ? Après tout, dois-je être blâmée parce que le service du bon Dieu m’amuse ? …On peut faire très sérieusement ce qui vous amuse, Les enfants nous le prouvent tous les jours …Exactement comme on peut faire avec bonne humeur ce qui  vous ennuie…

Blanche  (voix dure) : Ne craignez-vous point que Dieu se lasse de tant… …..Sainte Angèle de Foligno : «  Ce n’ai pas pour rire que je t’ai aimée ?»

Sœur constance la regarde interdite, son visage enfantin crispé par une grimace douloureuse. Elle dit enfin

Constance : Pardonnez-moi, Sœur Blanche. Je ne peux m’empêcher de croire que vous venez, exprès de me faire du mal.

Silence…

Blanche : Hé bien vous vous trompez…C’est que je vous enviais….   

Constance : Vous m’enviez ! Ah par exemple, voilà bien  la chose la plus extraordinaire que j’aie jamais entendue ! Vous m’enviez, alors que je mériterais d’être fouettée pour avoir parlé si légèrement de la mort de notre révérende mère…la mort d’une mère prieure est une chose très sérieuse…Je n’ai pas l’habitude de voir mourir des gens sérieux..Mon oncle, le duc de Lorge, est mort à quatre-vingt ans. Ce n’était tout même pas une mort sérieuse, c’était une belle cérémonie, voilà, tout, Mes deux  frères aînés sont morts à la guerre, mon cousin germain de Loynes en daguant un cerf, dans notre forêt de Dampierre, et cet autre cousin  Jaucourt, qu’on appelait Clair de lune, s’est noyé dans le Missipi, lors de l’insurrection américaine…Tous ces gens-là sont morts en jouant, pour ainsi dire. Il en a toujours été plus ou moins ainsi des gens de qualité. Oh Sœur Blanche, puisque j’ai si étourdiment parlé tout à l’heure, ayez la bonté de m’aider à réparer ma faute. Mettons-nous à genoux et offrons nos deux pauvres petites vies pour celle de Sa Révérence.

Blanche : C’est un enfantillage…

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Constance : Oh pas du tout, Sœur Blanche, je crois vraiment que c’est une inspiration de l’âme.

Blanche : Vous vous moquez de moi.

Constance : L’idée m’est venue tout à coup, je ne pense pas qu’il y ait là aucun mal. J’ai toujours souhaité mourir jeune, c’est un trop grand malheur de devoir donner au bon Dieu une vie à laquelle on ne tient plus ou à laquelle on ne tient plus que par habitude, une habitude devenue féroce.

Blanche : Qu’ai-je à faire dans cette comédie ?

Constance : Hé bien, la première fois que je vous ai vue j’ai compris que j’étais exaucée.

Blanche : Exaucée de quoi ?

Constance : De…Mais c’est que vous m’embarrassez maintenant. Sœur Blanche…vous me regarder d’une manière si étrange…

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Blanche s’avance vers elle

Blanche : Posez ce fer ridicule, et répondez-moi, je vous prie.

Constance pose docilement le fer sur la table, son  joli visage se contracte douloureusement, mais n’en garde pas moins une espèce de sérénité enfantine.

Constance : Hé bien …j’ai compris que Dieu me ferait la grâce de ne pas me laisser vieillir, et que nous mourions ensemble, le même jour – où et comment, par exemple, ça je l’ignorais, et dans ce moment je l’ignore toujours…C’est ce qu’on appelle un pressentiment, rien d’avantage… il faut que je vous voie maintenant si fâchée contre moi pour attacher de l’importance à…à

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Blanche : A une idée folle et stupide …Vous …Vous …Je vous défends…

Elle s’arrête. L’expression d’étonnement douloureux du visage de Constance s’efface peu à peu comme si elle commençait à comprendre, sans savoir d’ailleurs très bien quoi…Elle soutient le regard égaré de Blanche qui finit par détourner du sien, et elle dit, d’une voix douce et triste, avec une espèce de dignité poignante :

Constance : J’étais bien loin de vouloir vous offenser

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« Madame Marguerite « 

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Madame Margueritemadame-marguerite-203x300

Roberto Athayde (1949) Madame Marguerite (1973)

Le rôle est une illustration à la fois hilarante et effrayante des dégâts de la folie ordinaire dans le cadre d’une institution. Pendant toute la durée de la pièce – un monologue sur deux heures de classe –, on assisteau cours on ne peut plus fantaisiste de Madame Marguerite, une drôle d’institutrice, mégalomane et tyrannique, qui parle d’elle à la troisième personne, alterne sentimentalité pleurnicharde et véhémence verbale ponctuée de grossièretés, pour finir dans des convulsions hystériques.

Dans l’extrait suivant qui se situe pendant la première classe, on assiste à un cours de biologie burlesque, revu et corrigé de façon cocasse par Madame Marguerite, devant une classe pétrifiée – le public —, à laquelle elle attribue ses pulsions agressives et sexuelles. Son enseignement délirant consiste à inculquer de « vraies valeurs » à caractère spécieux à ses élèves de cm2, pour en faire des « adultes responsables », en leur donnant par exemple comme sujet de rédaction, le récit de leur propre enterrement. De toute façon, elle se prend pour Dieu, créatrice et ordonnatrice de toutes choses, dont l’autorité ne peut être remise en question. Du reste, « tout le monde veut être Madame Marguerite 9.

Madame Marguerite : une institutrice entre deux âges. La scène se situe dans une salle de classe.

 

MADAME MARGUERITE […]

Elle s’énerve : Je veux le silence ! Criant :

Silence ! Il s’agirait aussi de se tenir convenablement sur ses chaises !

Inspectant la position des élèves d’un ail terrible : Quand on se tient mal on travaille mal ! Toi, là, au dixième rang! Où tu te crois ? Dans une école de putes ? Et toi, là, la grande! Non mais sur quoi tu te crois assise? Hein? Y a-t-il ici quelqu’un qui s’appelle Dieu ?… Et Jésus? Non? C’est juré ? Parfait. M. le Directeur me l’avait dit. Il m’a dit : « Mme Marguerite, je vous donne des élèves de première classe. C’est un plaisir d’enseigner dans ces conditions ! » J’ordonne, vous obéissez. C’est là, c’est écrit: Elle chante d’une petite voix de tête : Je chant vivo l’obéissance… Elle s’assied au bureau, changeant de ton, comme quelqu’un qui va commencer une conférence : Aujourd’hui, nous avons cours de biologie. Non, non non, ne vous attendez pas à un cours d’éducation sexuelle. J’aime autant vous le dire tout de suite, je ne vais pas me ridiculiser à vous enseigner les choses de la vie. (Avec un sourire cruel 🙂 Les choses de la vie, figurez-vous, on ne les apprend qu’en troisième. Alors perdez ce genre d’espoir et en vitesse. Ce n’est pas moi qui vais vous apprendre à vous embrasser, à vous sauter les uns sur les autres, ça, pas question ! Ce n’est pas dans le programme ! Allez l’apprendre dans la rue avec vos mamans ! Je ne vais pas m’amuser à me débrailler devant vous ! M. le Directeur m’a expressément défendu de montrer mes seins, même un seul ! Ce que Mme Marguerite va vous apprendre est beaucoup moins compliqué, beaucoup plus… primaire. Au niveau des enfants que vous êtes.

Elle essuie le tableau. Il y a trois grands principes en biologie. Ou plutôt il y a un grand début, un milieu de dimension variable et une grande fin. Le début, je vous en ai déjà parlé : vous êtes tous nés un jour ou l’autre sans qu’on vous demande si vous étiez volontaires. Vous êtes nés, un point c’est tout. Comment, pourquoi, là, forcément, il y a un truc. Vous ne le connaissez pas. Mais bien sûr, ça vous intéresse parce que c’est un truc dégueulasse ! Se calmant:

marguerite

Voilà le principe de base. Le second principe de la biologie,

c’est le milieu. Le milieu, c’est maintenant, c’est la vie, c’est

papa, c’est maman, c’est Mme Marguerite. C’est l’école,

l’examen d’entrée en sixième, les devoirs, les leçons, la

discipline, enfin tout ce qui compose le bonheur d’un enfant.

Le troisième principe, c’est le plus grave. C’est la fin de la biologie. Il est de mon devoir, en tant qu’éducateur, de vous annoncer une chose que vous ignorez, puisque vous

n’êtes que des enfants. Mais qu’il faut savoir. Vous allez tous mourir. Tous sans exception. Mme Marguerite va vous l’écrire au tableau pour que vous ne risquiez pas de l’oublier.

Elle écrit : VOUS ALLEZ TOUS MOURIR.

De dos :

Tout le monde voit bien ?

Elle se retourne : Demain, comme nous avons français, Mme Marguerite vous fera faire une rédaction : chaque élève devra décrire son propre enterrement, avec ses petits mots à lui, ses petites images. C’est justement pour développer votre…

Interrogatrice, attendant que les élèves trouvent le mot tout seuls :

Votre i…

Puis elle achève elle-même : …magination. Chaque élève me remettra un enterrement entièrement différent des autres. Si j’en prends un qui copie sur l’enterrement du voisin, c’est zéro à tous les deux ! C’est bien compris ? C’est ça la biologie. Vous êtes nuls, mais vousavez soif de savoir certaines choses n’est-ce pas?! Les choses de la vie, par exemple ! Et avant le B.E.P.C. ! Ça vous plairait bien que Mme Marguerite se mette toute nue, là, devant vous ! Moi Mme Marguerite, à poil devant les élèves ! Qu’est-ce qu’il dirait, M. le Directeur ? Bande de saligauds!

Un temps. Mme Marguerite n’a pas choisi d’être cruelle avec vous Mme Marguerite serait malheureuse si vous pensiez que Mme Marguerite ne veut pas votre bien. En fait, le plus cher désir de Mme Marguerite, c’est que vous sortiez d’ici armés pour la vie. Pour vaincre les difficultés de la vie. Et il y en a. Tout le temps.[…]

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« Dialogue Des Carmélites »

« Dialogue Des Carmélites » de Georges Bernanos

 

Scène VI

Le tour, à l’intérieur du couvent, près de la clôture. Blanche et une très jeune sœur, Constance de Saint Denis, prennent les provisions et les objets usuels que la sœur tourière leur passe.

Dialogues des carmélites Par Georges Bernanos

Constance : Encore ces maudites fèves !

Blanche : On dit…………….manquer de pain.

Constance : Tiens ! Voilà notre gros fer à repasser que nous réclamons depuis si longtemps ! Regardez comme la poignée en est bien regarnie…Nous n’entendrons plus Sœur jeanne de la Divine Enfance crier en soufflant sur ses doigts : «  C’est-y-possible de repasser avec un fer pareil ! » C’est-y ! C’est-y ! Je me mords chaque fois la langue pour ne pas rire, mais je suis si contente ! Ce « C’est-y »me rappelle la campagne, et nos bons villageois de Tilly.

Oh Sœur blanche, six semaines avant mon entrée en religion, on a fêté là-bas le mariage de mon frère, tous les paysans étaient rassemblés, vingt filles lui ont présenté un bouquet au son des tambours et des violons, et du bruit d’une décharge générale de mousqueterie. Il y eut grand-messe, diner au château, et danse toute la journée. J’ai dansé cinq contredanses de tout mon cœur je vous assure. Ces pauvres gens m’aimaient tous à la folie parce que j’étais gaie et que je sautais aussi bien qu’eux.

Blanche : Vous n’avez pas honte de parler ainsi lorsque notre Rêvèrende Mère …

Constance : oh ma sœur, pour sauver notre Mère, je donnerais ma pauvre petite vie de rien du tout, oui, ma foi, oui je la donnerais…Mais quoi, à cinquante-neuf ans n’est-il  pas grand temps de mourir ?

Blanche : Vous n’avez jamais craint la mort ?

Constance : Je ne crois pas…Si peut-être…il y a très longtemps lorsque je ne savais pas ce que c’était.

Blanche : et maintenant ?

Constance : Mon Dieu, Sœur Blanche, La vie m’a tout de suite paru si amusante ! Je me disais que la mort devait l’être aussi…

Blanche : et après.

Constance : Oh ! Maintenant, je ne sais plus ce que je pense de la mort, mais la vie me parait toujours aussi amusante.

J’essaie de faire le mieux  possible ce qu’on me  commande, mais ce qu’on me commande m’amuse ? Après tout, dois-je être blâmée parce que le service du bon Dieu m’amuse ? …On peut faire très sérieusement ce qui vous amuse, Les enfants nous le prouvent tous les jours …Exactement comme on peut faire avec bonne humeur ce qui  vous ennuie…

Blanche  (voix dure) : Ne craignez-vous point que Dieu se lasse de tant… …..Sainte Angèle de Foligno : «  Ce n’ai pas pour rire que je t’ai aimée ?»

Sœur constance la regarde interdite, son visage enfantin crispé par une grimace douloureuse. Elle dit enfin

Constance : Pardonnez-moi, Sœur Blanche. Je ne peux m’empêcher de croire que vous venez, exprès de me faire du mal.

Silence…

Blanche : Hé bien vous vous trompez…C’est que je vous enviais….   

Constance : Vous m’enviez ! Ah par exemple, voilà bien  la chose la plus extraordinaire que j’aie jamais entendue ! Vous m’enviez, alors que je mériterais d’être fouettée pour avoir parlé si légèrement de la mort de notre révérende mère…la mort d’une mère prieure est une chose très sérieuse…Je n’ai pas l’habitude de voir mourir des gens sérieux..Mon oncle, le duc de Lorge, est mort à quatre-vingt ans. Ce n’était tout même pas une mort sérieuse, c’était une belle cérémonie, voilà, tout, Mes deux  frères aînés sont morts à la guerre, mon cousin germain de Loynes en daguant un cerf, dans notre forêt de Dampierre, et cet autre cousin  Jaucourt, qu’on appelait Clair de lune, s’est noyé dans le Missipi, lors de l’insurrection américaine…Tous ces gens-là sont morts en jouant, pour ainsi dire. Il en a toujours été plus ou moins ainsi des gens de qualité. Oh Sœur Blanche, puisque j’ai si étourdiment parlé tout à l’heure, ayez la bonté de m’aider à réparer ma faute. Mettons-nous à genoux et offrons nos deux pauvres petites vies pour celle de Sa Révérence.

Blanche : C’est un enfantillage…

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Constance : Oh pas du tout, Sœur Blanche, je crois vraiment que c’est une inspiration de l’âme.

Blanche : Vous vous moquez de moi.

Constance : L’idée m’est venue tout à coup, je ne pense pas qu’il y ait là aucun mal. J’ai toujours souhaité mourir jeune, c’est un trop grand malheur de devoir donner au bon Dieu une vie à laquelle on ne tient plus ou à laquelle on ne tient plus que par habitude, une habitude devenue féroce.

Blanche : Qu’ai-je à faire dans cette comédie ?

Constance : Hé bien, la première fois que je vous ai vue j’ai compris que j’étais exaucée.

Blanche : Exaucée de quoi ?

Constance : De…Mais c’est que vous m’embarrassez maintenant. Sœur Blanche…vous me regarder d’une manière si étrange…

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Blanche s’avance vers elle

Blanche : Posez ce fer ridicule, et répondez-moi, je vous prie.

Constance pose docilement le fer sur la table, son  joli visage se contracte douloureusement, mais n’en garde pas moins une espèce de sérénité enfantine.

Constance : Hé bien …j’ai compris que Dieu me ferait la grâce de ne pas me laisser vieillir, et que nous mourions ensemble, le même jour – où et comment, par exemple, ça je l’ignorais, et dans ce moment je l’ignore toujours…C’est ce qu’on appelle un pressentiment, rien d’avantage… il faut que je vous voie maintenant si fâchée contre moi pour attacher de l’importance à…à

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Blanche : A une idée folle et stupide …Vous …Vous …Je vous défends…

Elle s’arrête. L’expression d’étonnement douloureux du visage de Constance s’efface peu à peu comme si elle commençait à comprendre, sans savoir d’ailleurs très bien quoi…Elle soutient le regard égaré de Blanche qui finit par détourner du sien, et elle dit, d’une voix douce et triste, avec une espèce de dignité poignante :

Constance : J’étais bien loin de vouloir vous offenser